Avant d’écrire un livre, il y a une vie : celle d’une carmélite de vingt-quatre ans, morte inconnue, canonisée puis devenue docteur de l’Église. On comprend mieux son texte en connaissant sa vie.
Car ce texte, beaucoup le connaissent déjà, au moins de nom : Histoire d’une âme. Ce qu’on sait moins, c’est que ce livre n’est qu’une petite part de ce qu’elle a laissé — des poèmes, des pièces jouées au Carmel et plus de deux cent soixante lettres. Une œuvre étonnamment riche, née au cours d’une vie très brève.
Une enfance à Lisieux
Thérèse Martin naît le 2 janvier 1873 à Alençon, dernière d’une fratrie de neuf enfants — sept filles et deux garçons, dont quatre meurent en bas âge, parmi eux les deux garçons. Les cinq filles survivantes entreront toutes au couvent. Sa mère meurt d’un cancer quand elle a quatre ans. La famille s’installe alors à Lisieux.
Rome, 1887
À quatorze ans, Thérèse demande à entrer au Carmel de Lisieux, où deux de ses sœurs l’ont précédée. L’évêque refuse en raison de son âge. Mais lors d’un pèlerinage à Rome en1887, elle demande directement au pape Léon XIII, lors d’une audience le 20 novembre, de pouvoir entrer à quinze ans. Le pape la renvoie à la décision de ses supérieurs. Quelques semaines plus tard, l’autorisation lui est finalement donnée : elle entre au Carmel le 9 avril 1888.
La petite voie
Sa vie religieuse dure neuf ans. Sans charge prestigieuse ni événement marquant, elle se déroule dans la prière et les tâches ordinaires du monastère. C’est dans ce cadre que mûrit ce qu’on appellera sa « petite voie » : une manière d’aller à Dieu qui repose non sur des œuvres extraordinaires, mais sur la petitesse, la confiance et l’abandon. Elle meurt de la tuberculose le 30 septembre 1897, à vingt-quatre ans.
Le 33ᵉ docteur de l’Église
Un an après sa mort paraît Histoire d’une âme. Le livre se diffuse rapidement, en France puis à l’étranger. Elle est canonisée en 1925, puis proclamée docteur de l’Église par Jean-Paul II en 1997. Ce titre ne correspond pas à un degré supérieur de sainteté : il distingue des saints dont l’Église reconnaît l’éminence de la doctrine et la valeur particulière de l’enseignement pour l’intelligence de la foi. Thérèse devient ainsi le 33ᵉ docteur de l’Église et la troisième femme à recevoir ce titre, après Thérèse d’Avila et Catherine de Sienne. Elle sera rejointe en 2012 par Hildegarde de Bingen : quatre femmes seulement figurent aujourd’hui parmi les docteurs de l’Église.
Cette biographie ne dit encore rien de ce qu’elle a écrit. C’est l’objet du prochain épisode.
