Thérèse de Lisieux (5/5) — Le rayonnement

Peinture représentant sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus en habit traditionnel — voile noir, guimpe blanche, manteau crème — tenant un bouquet de roses roses et blanches contre elle, debout dans un cloître de pierre. À gauche, une arche ouvre sur un jardin de roses et un bâtiment ancien baigné de lumière dorée.

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Comment une carmélite morte à vingt-quatre ans, presque inconnue en dehors de son couvent au moment de sa mort, est-elle devenue l’une des figures les plus aimées du catholicisme — jusqu’à être proclamée docteur de l’Église ?

Un rayonnement sans frontières

Dès la publication d’Histoire d’une âme, un an après sa mort, l’intérêt pour Thérèse ne cesse de grandir : le texte sera traduit en une cinquantaine de langues, et l’accueil, selon les mots de Jean-Paul II, se révèle « rapide, universel et constant ». Ce rayonnement déborde largement le monde catholique — elle est aimée même par des non-chrétiens et des non-croyants, au point que l’UNESCO l’inscrira, pour son cent cinquantième anniversaire, parmi les figures à célébrer.

Une petitesse devant un Père

Qu’a-t-elle donc découvert, pour avoir une telle portée ? La « petite voie » n’est pas une méthode ou une technique parmi d’autres : elle découle d’une certaine manière de regarder Dieu, avant d’être une manière de se situer soi-même devant lui. Thérèse le formule dans son dernier manuscrit : « Je puis donc, malgré ma petitesse, aspirer à la sainteté ; me grandir, c’est impossible… mais je veux chercher le moyen d’aller au Ciel par une petite voie toute nouvelle. » Elle comprend qu’elle n’a pas à devenir « grande » pour être portée par Dieu. Jean-Paul II, lors de sa visite à Lisieux en 1980, résumait cette intuition en une question : « Quelle vérité du message évangélique est en effet plus fondamentale et plus universelle que celle-ci : Dieu est notre Père et nous sommes ses enfants ? »

Docteur de la synthèse

Si cette intuition n’était qu’une sensibilité personnelle, elle n’aurait pas suffi à faire d’elle un docteur de l’Église. Elle se présente d’abord comme enseignée par Jésus — elle l’appelle « le Docteur des docteurs ». Et pourtant, en 1997, Jean-Paul II reconnaît chez elle une « doctrine éminente », sans y trouver, dit-il, « une présentation scientifiquement organisée des choses de Dieu » comme chez d’autres docteurs. Le pape François propose une formule pour comprendre ce paradoxe : par contraste avec un docteur comme Thomas d’Aquin, dont l’apport est analytique, « l’apport [de Thérèse] est plutôt synthétique, car son génie est de nous conduire au centre, à l’essentiel, au plus indispensable. » Être docteur de l’Église ne signifie pas avoir produit le système théologique le plus vaste : dans le cas de Thérèse, l’Église reconnaît une « doctrine éminente », capable de conduire au cœur du message chrétien.

Dans le cœur de l’Église

Un autre paradoxe demeure : comment une moniale qui n’a jamais quitté son Carmel a-t-elle pu devenir patronne des missions ? Thérèse elle-même répond, dans une page de septembre 1896 où elle raconte avoir longuement cherché sa place dans l’Église, en méditant les chapitres 12 et 13 de la première lettre de Paul aux Corinthiens : « Je compris que l’Église avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d’amour… Je compris que l’Amour seul faisait agir les membres de l’Église, que si l’Amour venait à s’éteindre, les Apôtres n’annonceraient plus l’Évangile… Ma vocation, c’est l’Amour… dans le Cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour. » La fécondité missionnaire ne vient donc pas, chez elle, du déplacement, mais de l’amour qui fait vivre tout le Corps. Son patronage cesse alors d’être seulement un paradoxe touchant : il devient théologiquement intelligible.

Pourquoi l’aime-t-on ?

On l’aime, peut-être, pour ceci : chaque saint, rappelle Gaudete et exsultate, « est une mission… un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile. » Ce que beaucoup de croyants reconnaissent en Thérèse, souvent sans avoir lu une ligne de son œuvre, c’est cela : quelque chose de l’Évangile devenu proche, sous une forme humaine.

Elle-même semblait attendre que cette mission se poursuive après sa mort, promettant de continuer, depuis le Ciel, « à faire du bien sur la terre » : « ce sera comme une pluie de roses ».

Ceux qui s’arrêtent à elle sont conduits plus loin.

Vers Jésus.

Sources

Jean-Paul II, Divini Amoris Scientia, lettre apostolique pour la proclamation de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face docteur de l’Église universelle, § 2–3, 7, 10 (19 octobre 1997).
François, C’est la confiance, exhortation apostolique à l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de sainte Thérèse, § 4, 49, 51 (15 octobre 2023).
François, Gaudete et exsultate, exhortation apostolique sur l’appel à la sainteté, n° 19 (19 mars 2018).
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Œuvres complètes — Manuscrit C (2v°, la petite voie) ; Manuscrit B (3v°, « ma vocation, c’est l’Amour ») ; Carnet jaune (9 juin 1897, la pluie de roses).


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