Catégorie : Évangile

Méditations et commentaires pour se laisser bousculer par la Parole et revenir sans cesse au Christ.

  • Ni chaud ni froid

    Ni chaud ni froid

    Sur la tiédeur qui ne se voit plus

    Dans sa lettre à l’Église de Laodicée, dans l’Apocalypse, le Christ ne commence pas par rassurer. Il commence par avertir. Il ne lui reproche ni son incroyance ni une faute particulière (Ap 3, 15-16). Il dénonce un mal plus insidieux : une foi devenue tiède, satisfaite d’elle-même, qui ne brûle plus d’amour et ne ressent même plus le besoin de changer.

    On aimerait croire que cet avertissement appartenait à une Église d’un autre temps. Mais c’est une faiblesse devenue un danger qui traverse les siècles sans jamais disparaître. Les Pères du désert en ont décrit l’une des manifestations les plus redoutables : l’acédie. Bernanos, des siècles plus tard, en montrera les ravages dans Journal d’un curé de campagne.

    Le glissement vers la tiédeur

    Ce glissement prend plusieurs visages, et aucun n’est spectaculaire. Le premier est souvent invisible : on cesse peu à peu d’attendre quelque chose de Dieu. Alors la confession devient plus rare, les sacrements peuvent n’être plus que des rites de famille, et une pratique religieuse subsiste, fidèle en apparence, mais sans transformer l’existence.

    Il m’arrive, à moi aussi, de sortir bouleversé d’un temps de prière ou de formation — et de retrouver, en rentrant, un air qui n’a pas bougé. Je ne le dis pas comme un reproche fait à d’autres. C’est un contraste qui d’abord m’interroge personnellement.

    Charles Péguy allait plus loin encore, il écrit : il y a pire qu’une âme perverse — c’est une âme habituée. Les honnêtes gens n’ont pas de blessure ouverte ; leur vertu sans faille ne laisse aucune entrée à la grâce. C’est parce qu’un homme était par terre que le Samaritain le ramassa.

    Ce qui ne dépend pas de nous

    Il y a dans l’Évangile un fils qui n’a jamais quitté la maison. Il a toujours servi son père. Pourtant, lorsque son frère revient, c’est lui qui reste dehors. Son service devient revendication : « Voilà tant d’années que je te sers… » (Lc 15, 29). Alors le père sort à son tour. Il ne le condamne pas ; il le supplie d’entrer.

    C’est peut-être l’un des plus beaux visages de la grâce. Elle ne va pas seulement chercher celui qui s’est éloigné. Elle rejoint aussi celui qui est resté, mais qui ne parvient plus à entrer dans la joie de son père. La parabole ne dit pas si le fils aîné franchira finalement le seuil. Elle laisse la porte ouverte. Aucune tiédeur, aussi ancienne soit-elle, n’est un verdict.

    Une question, pas un jugement

    On ne sort pas de la tiédeur en essayant de se forcer à éprouver davantage d’émotion religieuse, ni en se reprochant de ne pas en ressentir assez. Le cœur du problème n’est pas d’abord là. On en sort en acceptant qu’une question nous soit posée, et en ne la fuyant pas.

    Alors la question est simplement celle-ci : y a-t-il, dans notre vie de foi, une porte que nous avons peu à peu cessé d’ouvrir — non par révolte, mais par habitude ? Il ne s’agit pas d’abord de se condamner, mais de répondre. Le Christ est là, à cette porte. Il continue de frapper.