Le père : l’accueil qui restaure
La semaine dernière, nous avons laissé le cadet sur le chemin du retour, entre le pays lointain et la maison de son père, un discours préparé et aucune certitude de l’accueil qui l’attendait. Aujourd’hui, ce n’est plus lui que nous suivons, mais son père — ce père qui l’aperçoit alors qu’il est encore loin.
Comme il était encore loin
« Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion » (Luc 15,20). Il aperçoit son fils encore loin, avant même qu’il ait pu dire un mot.
L’épisode précédent suivait le long cheminement du cadet : le départ, la dissipation, la faim, la décision de revenir. Ici, tout se resserre en un seul verset. Le regard, la compassion, la course, l’étreinte, les baisers — Luc les enchaîne presque sans respirer.
Il courut
« Il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers » (Luc 15,20). Luc ne s’attarde pas à expliquer ce geste : il raconte ce que le père fait. Il court, avant même que son fils ait prononcé un mot.
Une phrase qui disparaît
Le fils avait préparé son discours : « Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers » (Luc 15,19). Devant son père, il ne prononce que la première partie : « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils » (Luc 15,21).
« Traite-moi comme l’un de tes ouvriers » n’est jamais dit. Luc ne précise pas pourquoi cette dernière phrase disparaît. Mais la suite est sans ambiguïté : le fils envisageait de revenir comme ouvrier ; le père, lui, l’accueille comme son fils.
Vite
« Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons » (Luc 15,22-23). Le récit ne rapporte aucune réponse adressée directement au fils : le père se tourne vers ses serviteurs, et son premier mot est « vite ».
Le Catéchisme lit dans le beau vêtement, l’anneau et le banquet de fête les symboles de la vie nouvelle de celui qui revient vers Dieu (CEC § 1439). Rien ici ne restitue à proprement parler l’héritage dilapidé — ce que le fils reçoit, ce sont les marques visibles d’une dignité qu’il pensait avoir perdue.
Mon fils que voilà
Le fils venait de dire : « Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. » Le père répond, non pas à lui, mais à ses serviteurs : « car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé » (Luc 15,24).
Le fils s’était résigné à n’être plus qu’un ouvrier. Le père, pourtant, le nomme autrement : « mon fils que voilà ».
Dans le pays lointain, personne ne lui donnait rien. Ici, les dons se succèdent : le vêtement, la bague, les sandales, le festin — non pour effacer ce qui s’est passé, mais pour accompagner cette parole du père : celui qui était perdu est retrouvé.
La fête commence. Mais à la porte, quelqu’un d’autre n’est pas encore rentré. La semaine prochaine, c’est vers lui que nous nous tournerons.
