Le successeur de Pierre (1/4) — Un mot qui se singularise

Cathèdre épiscopale en pierre au centre d'une nef aux arches romanes, éclairée par une lumière diffuse traversant plusieurs fenêtres latérales, un autel visible au loin.

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À Césarée de Philippe, le Christ a fait de Simon la pierre sur laquelle il bâtit son Église. À la Pentecôte, cette Église est née publiquement, et Pierre s’est levé le premier pour parler en son nom. Depuis, cette charge unique est transmise sans interruption.

Nous allons parcourir cette histoire en quatre temps : d’abord le mot « pape » lui-même, et comment il a fini par ne désigner qu’un seul homme. Puis la manière dont cette charge unique s’exerce concrètement, à travers légats, évêques et cardinaux. Puis ce que l’histoire a fracturé — un schisme resté ouvert depuis mille ans. Et pour finir, ce qui, envers et contre tout, continue d’être reconnu, même par ceux qui se sont séparés.

Commençons par le commencement.

Un mot d’abord affectueux

Le mot « pape » vient du grec pappas, repris en latin sous la forme papa — un mot d’enfant, simplement : « père ». Rien, à l’origine, ne désigne une fonction précise. C’est un terme de tendresse, avant d’être un titre.

Un mot que tout évêque pouvait porter

Pendant des siècles, ce mot n’est attribué à personne en particulier. En Occident, jusqu’au haut Moyen Âge, chaque évêque peut être appelé « pape » par ses fidèles. Ce n’est pas une exception : le patriarche copte d’Alexandrie porte encore aujourd’hui ce titre, dans une tradition qui ne doit rien à Rome.

Le patriarche actuel d’Alexandrie, Tawadros II, est ainsi officiellement désigné par le Saint-Siège lui-même comme « Pope of Alexandria and Patriarch of the See of Saint Mark » — un usage qui remonte au moins à la déclaration commune de Paul VI et Shenouda III, en 1973, et que Léon XIV emploie encore. Ce titre alexandrin ne revendique d’ailleurs pas la succession de Pierre : le pape copte se réclame de saint Marc l’Évangéliste, traditionnellement regardé comme le fondateur de l’Église d’Alexandrie. Deux titres identiques, deux successions distinctes — et Rome n’y voit rien à redire, puisqu’aucune des deux ne prétend concurrencer l’autre.

Avant d’être « le Pape » : un évêque, un successeur, un vicaire

Le titre le plus ancien n’est pas « pape » : c’est évêque de Rome (episcopus Romae), depuis les origines de l’Église — Irénée, vers 180 après Jésus-Christ, fait remonter la liste des évêques de Rome jusqu’à Pierre lui-même. Aujourd’hui encore, ce titre reste le socle de toute la titulature.

Occuper ce siège, c’est occuper celui de Pierre : très tôt, on parle de siège apostolique, puis de successeur de Pierre — une expression que le droit canonique actuel emploie encore (canon 330).

Le titre de Vicaire de Pierre (Vicarius Petri) exprime cette réalité de façon théologique, et non comme un titre protocolaire figé dès les premiers siècles. Plus tard s’impose l’appellation Vicaire du Christ (Vicarius Christi) — un titre qu’à l’origine tout évêque pouvait porter dans son diocèse, et qui devient l’usage exclusif de Rome avec Innocent III, dès son élection en 1198.

Un autre titre, plus discret aujourd’hui mais toujours en usage dans les actes solennels, remonte à Grégoire le Grand (590-604) : Serviteur des serviteurs de Dieu (Servus servorum Dei) — une formule d’humilité volontaire.

Et le mot « pape », pendant cette période ? Il circule, simple et affectueux, sans être le nom propre de cette fonction précise — ce qui explique, sans aucune contradiction, qu’un évêque d’Alexandrie ait pu le porter tout en étant successeur de Marc, non de Pierre.

Un mot réservé à un seul homme

C’est au XIe siècle que les choses changent à Rome. En 1075, le pape Grégoire VII, dans un texte appelé Dictatus Papae, réserve ce titre à l’évêque de Rome seul. C’est un geste de discipline interne, propre à l’Occident latin.

Le mot, lui, se resserre au XIe siècle. La charge, elle, n’a jamais bougé : elle remonte à Pierre, bien avant que quiconque ne songe à en réserver le nom.

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