La parabole du fils prodigue (1/4) – Loin du père tout se défait

Silhouette anonyme vue de dos, marchant seule sur un chemin de terre en pleine campagne aride, au coucher du soleil, dans une lumière dorée et brumeuse.

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Le cadet : l’exil consenti

Elle est peut-être la plus connue de toutes les paraboles de Jésus. Un père, deux fils, un retour. Mais un texte aussi dense mérite mieux qu’une simple lecture. Nous allons donc la parcourir en plusieurs temps : d’abord le cadet, qui part et qui prend le chemin du retour. Puis le père, qui court à sa rencontre. Puis l’aîné, resté à la maison sans jamais vraiment y être entré. Et pour finir, ce père qui n’a jamais eu qu’un seul et même amour pour ses deux fils. Aujourd’hui, commençons par le cadet : le fils qui s’en va.

Une récrimination, trois paraboles

Avant d’en arriver au fils, il faut se souvenir de pourquoi Jésus la raconte. Des pharisiens et des scribes murmurent : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » (Luc 15,2) Jésus répond par trois récits : la brebis perdue, la pièce perdue, et celui-ci — la parabole d’un père et de ses deux fils. Le cadet n’en est pas l’unique centre. Mais commençons, comme le texte, par lui.

« Donne-moi »

« Père, donne-moi la part de fortune qui me revient. » (Luc 15,12) La demande est brutale : le cadet réclame dès maintenant sa part de l’héritage familial et transforme en avoir disponible ce qu’il tient de son père. Le récit ne commente pas son geste ; il en montre immédiatement la conséquence : quelques jours plus tard, le fils rassemble tout et part.

Un détail mérite qu’on s’y arrête : Luc précise que le père « leur partagea ses biens » (Luc 15,12). Dès ce premier verset, le texte prépare ainsi l’histoire des deux fils, pas seulement celle du cadet.

Et le père accepte

Court, presque sec : le texte ne s’attarde pas sur ce que le père a pu ressentir à cet instant — son émotion n’apparaîtra explicitement que plus loin, au moment du retour. Pour l’instant, il donne. C’est tout ce que le récit nous montre.

Un pays lointain

« Le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. » (Luc 15,13) Le « pays lointain » est plus qu’un décor : à la séparation d’avec le père correspond désormais une distance réelle. Ce que le fils a voulu posséder indépendamment de lui, il va maintenant le consumer loin de lui.

Personne ne lui donnait rien

Vient la famine. Le fils s’engage alors « chez un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs » (Luc 15,15) — pour un Juif du premier siècle, un détail particulièrement humiliant, s’agissant d’un animal impur. Il en vient même à envier leur nourriture : « mais personne ne lui donnait rien » (Luc 15,16).

Dans le pays lointain, personne ne donne. Au premier verset, le père, lui, avait donné.

Il rentra en lui-même

« Alors il rentra en lui-même » (Luc 15,17). Avant de rentrer chez son père, il rentre d’abord en lui-même. Ce qu’il se dit d’abord n’a rien d’une envolée spirituelle : il a faim. « Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! » (Luc 15,17) C’est à partir de ce constat très concret que quelque chose se remet en mouvement : il se souvient de la maison de son père, reconnaît son péché et décide de revenir.

Un discours préparé

Il compose alors les mots de son retour : « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers. » (Luc 15,18-19) Il ne demande pas à redevenir fils — il n’ose même plus l’espérer. Il demande une place, la plus modeste possible.

Et c’est avec ce discours dans la bouche, sans certitude de l’accueil qui l’attend, qu’il se met en route.

Le texte laisse le cadet ici, sur le chemin, entre le pays lointain et la maison du père. Ce qu’il va trouver en arrivant, ce n’est pas à lui d’en décider — ni à nous de le deviner trop vite. La semaine prochaine, nous ne suivrons plus ses pas, mais ceux, bien plus rapides, de son père.

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