Celle-là aussi, vous l’avez sans doute déjà entendue : « Les évangiles ont été copiés et recopiés pendant des siècles, personne ne sait plus ce qu’ils disaient vraiment à l’origine. » Voici de quoi vérifier cette objection.
Des textes écrits dès les premières générations
Les quatre évangiles — Matthieu, Marc, Luc et Jean — ont été rédigés au Ier siècle, au temps de la première génération chrétienne ; Jean est généralement considéré comme le plus tardif. La question n’est donc pas celle de textes apparus des siècles après Jésus, mais de leur transmission depuis l’Antiquité chrétienne jusqu’à nous.
Un chiffre qui change l’échelle de comparaison
Environ 5 700 témoins manuscrits grecs du Nouveau Testament sont aujourd’hui répertoriés dans le catalogue de référence de l’Institut de recherche textuelle du Nouveau Testament de Münster, un décompte qui évolue à mesure que le catalogue est révisé[1]. Cet ensemble fournit un nombre très important de témoins à comparer. Le vrai gain n’est pas de disqualifier un texte au profit d’un autre : c’est que plus les témoins sont nombreux, plus les divergences entre eux deviennent visibles et comparables, au lieu de rester cachées dans une copie unique.
À côté de ces manuscrits, des échos dès les premières générations
Des auteurs chrétiens citent très tôt des paroles et des évènements évangéliques. Dès la fin du Ier siècle et le début du IIe, c’est le cas de Clément de Rome ou Ignace d’Antioche[2]. Cela montre que des traditions évangéliques circulaient déjà dès les premières générations chrétiennes, bien avant toute longue chaîne médiévale de transmission.
Ce que cela établit
Le texte a pu être copié pendant vingt siècles. Mais avec des milliers de manuscrits à comparer entre eux, on ne devine pas où il a pu varier : on le voit. Les variantes sont nombreuses, mais précisément repérables parce que les témoins le sont aussi. Beaucoup sont mineures ; certaines le sont moins[3]. Elles permettent de discuter certains passages ; elles ne suffisent pas à expliquer l’ensemble du portrait de Jésus comme le produit tardif de la transmission manuscrite.
Le texte évangélique nous est parvenu avec une remarquable stabilité d’ensemble. Reste la question qui décide de tout.
Tout cela peut être vrai — l’homme a existé, il a tenu ces propos extraordinaires, les traditions à son sujet sont attestées dès les premières générations chrétiennes. Reste l’objection principale : les morts ne ressuscitent pas. Ce sera l’objet du dernier article de ce chapitre.
Sources
[1] Institut de recherche textuelle du Nouveau Testament (INTF), Münster, Kurzgefasste Liste der griechischen Handschriften des Neuen Testaments ; Center for the Study of New Testament Manuscripts (CSNTM).
[2] M. W. Holmes (éd.), The Apostolic Fathers: Greek Texts and English Translations, 3e éd., Baker Academic, 2007 ; M. F. Bird & S. Harrower (dir.), The Cambridge Companion to the Apostolic Fathers, Cambridge University Press, 2021.
[3] B. M. Metzger & B. D. Ehrman, The Text of the New Testament: Its Transmission, Corruption, and Restoration, 4e éd., Oxford University Press, 2005.
