Le jour où un peuple se met à parler

Porte en bois ancienne grande ouverte sur une vue de Jérusalem au lever du soleil, arbre d'olivier, lumière dorée sur des remparts et un chemin de pierre.

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Quelques semaines plus tôt, ils s’étaient enfermés derrière des portes verrouillées, terrifiés à l’idée qu’on vienne les chercher eux aussi. Pierre avait renié trois fois. Les autres s’étaient dispersés. Et voilà qu’en quelques instants ce même groupe, debout devant une foule immense, sans trembler, se fait comprendre par des gens venus de partout. Ce n’est pas le vent ni le feu qui devrait d’abord surprendre le lecteur d’aujourd’hui. C’est ça : des hommes qui avaient peur de leur ombre, devenus les premières voix d’un peuple nouveau.

Le vent, le feu, les langues

Le récit des Actes (Ac 2,1-13) décrit un bruit comme un vent violent, des langues de feu qui se posent sur chacun. Tous sont remplis de l’Esprit Saint. Aussitôt, chacun se met à parler, et des pèlerins venus de dizaines de pays les comprennent, chacun dans sa propre langue. On peut chercher à expliquer le phénomène ; ce n’est pas l’essentiel. Ce que le texte donne à voir, c’est un signe : l’Esprit rend l’Évangile immédiatement intelligible à tous, sans distinction de peuple ni de langue. Ce qui s’était noué à Babel — la dispersion, l’incompréhension entre les hommes — commence à se dénouer ce jour-là.

Un peuple enfin visible

Ce jour-là, une réalité préparée depuis longtemps devient visible. Le mot grec ekklesia, que les premiers chrétiens emploieront pour se désigner, signifie « assemblée convoquée » — un peuple appelé et rassemblé, non par lui-même, mais par un autre. C’est exactement ce qui se produit à la Pentecôte : des disciples dispersés par la peur redeviennent un seul corps, convoqué par l’Esprit. Le Catéchisme le dit sans détour : « Le jour de la Pentecôte […], l’Église est manifestée au monde » (CEC §1076). Elle était préparée depuis l’Ancienne Alliance, elle est née du côté transpercé du Christ sur la croix ; ce matin-là, à Jérusalem, elle apparaît au grand jour.

Pierre se lève

Mais un peuple rassemblé a besoin d’une voix. Pierre se lève pour prendre la parole (Ac 2,14). Luc souligne délibérément ce détail. La promesse du Christ prend déjà corps : celui à qui il a confié les clefs ouvre, le premier, la prédication de l’Église.

Une mission qui continue

On raconte souvent la Pentecôte comme le souvenir d’un miracle spectaculaire. Mais ce jour-là n’est pas seulement un point d’origine qu’on regarde de loin : c’est le jour où l’Église commence sa mission dans le monde. Le miracle n’est pas seulement qu’un peuple s’est mis à parler. C’est qu’il ne s’est jamais tu.

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