Ceux qui habitent à côté

Realistic documentary-style photograph, warm late-afternoon golden light. A lively gathering of parish volunteers of all ages in the garden of an old stone presbytery in France — families, retirees, young adults chatting in small groups around wooden tables, a few children playing and running in the background. Among the crowd, a young priest in a black cassock stands talking naturally with a small group, not posed, blending into the scene rather than being the focus. Part of the stone facade and bell tower of a Romanesque church visible behind trees in the soft-focus background. Candid, unposed, natural expressions, imperfect framing. Green grass, dappled sunlight through leaves. Wide shot, slightly low angle to include the bell tower and sky. No text, no logo.

Il y a un mot qu’on emploie sans y penser : paroisse. On dit « ma paroisse » comme on dit « mon quartier ». On n’imagine pas qu’il puisse vouloir dire autre chose.

Le mot vient du grec paroikia. Il désigne ceux qui habitent à côté. Pas ceux qui partagent une même conviction. Pas ceux qui ont fait le même choix. Simplement des voisins.

Ce mot, on le retrouve tel quel dans la lettre de Paul aux chrétiens d’Éphèse. Il leur écrit qu’ils ne sont plus des étrangers, ni des résidents sans droits — un statut que le grec nomme pároikoi, de la même famille que paroikia, le mot qui donnera « paroisse » — mais des concitoyens, membres d’une même famille (Ép 2, 19).

Ce que Paul dit d’une appartenance spirituelle, une paroisse le vit très concrètement, semaine après semaine. Comme un lieu où l’on peut se sentir chez soi, avant même d’y avoir adhéré.

Ça peut commencer n’importe où. Une porte d’église un dimanche matin, ou une salle paroissiale un peu défraîchie, un soir de semaine, pour la première réunion de préparation au mariage. Ou dans la cour, un mercredi après-midi, quand on dépose un enfant au catéchisme sans trop savoir à qui le confier. Ou encore devant un tableau d’affichage, à chercher un contact pour une visite aux malades, un groupe de scouts, un patronage, une chorale — et tant d’autres portes qu’offrent les paroisses. La vie paroissiale dépasse la messe du dimanche. Elle se love aussi dans ces à-côtés, ces engagements discrets, ces rendez-vous répétés qui, semaine après semaine, tissent une communauté.

Dans tous ces lieux, la première fois, on ne sait pas où s’asseoir. On ne connaît personne. On se tient un peu en retrait.

Rien, dans le lieu, ne dit qu’on a sa place. C’est quelqu’un qui la donne. Un regard qui inclut plutôt qu’il n’ignore. Un nom, ou simplement un prénom qu’on retient et qu’on redit la fois suivante, comme pour dire : je t’ai vu, je te reconnais. Une tâche qu’on propose, si modeste soit-elle, qui dit : tu fais partie de la maison.

Une lettre du Nouveau Testament demande de ne jamais négliger l’hospitalité : certains, sans le savoir, ont ainsi accueilli des anges (He 13, 2). Ce nouveau venu, peut-être, n’est pas si inconnu qu’il y paraît.

Jésus lui-même ne dit pas : on vous reconnaîtra à votre doctrine, ni à votre assiduité. Il dit : c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on saura que vous êtes mes disciples (Jn 13, 35). Pas à un savoir. Pas à une pratique irréprochable. À un amour concret, qui se voit.

Alors une question reste, simple, et elle se pose à double sens : qu’est-ce qui fait d’un lieu une paroisse, sinon qu’on s’y sente chez soi ? Et qu’est-ce que je fais, moi, pour que celui qui vient d’entrer s’y sente chez lui ?

Cet article ouvre une série sur la vie paroissiale. Retrouvez les autres textes, et le cadre qui les inspire, sur la page dédiée.

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