Comme je vous ai aimés

Cruche en terre cuite posée sur la margelle d'un puits en pierre, dans une oliveraie au soleil couchant

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Une parole dans l’ombre de la Croix

Le repas est fini. Judas vient de sortir dans la nuit. Jésus sait que son heure est venue. Et c’est là, entre cette table et le jardin des Oliviers, qu’il prononce cette phrase : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres » (Jean, 13,34).

C’est un homme qui sait qu’il va mourir, qui parle une dernière fois à ceux qu’il aime.

Le testament de Jésus

Dans les récits bibliques, quand un père ou un chef sentait sa mort approcher, il réunissait les siens pour un dernier discours : bénédiction, instructions, l’essentiel de ce qu’il voulait leur laisser. Jacob le fait pour ses fils. Moïse le fait pour son peuple. Les chapitres 13 à 17 de saint Jean suivent exactement ce schéma : Jésus rassemble les Douze, pose un geste fondateur — laver les pieds —, parle longuement, puis prie pour eux. Les exégètes appellent d’ailleurs ce passage le « discours d’adieu ».

Un testament, ce n’est pas une liste de biens à léguer. C’est ce qu’on choisit de laisser quand on n’a plus le temps de tout dire. Et ce que Jésus laisse, ce n’est pas d’abord une organisation, un plan, une doctrine. C’est une manière de vivre qui éclaire tout le reste : aimer comme lui, comme mesure de tout. La mission, l’unité, la joie promise, l’Esprit — tout vient s’accrocher à cette phrase-là.

Comment nous a-t-il aimés ?

Un enfant qui écoute cette parole pour la première fois demande spontanément « Mais comment il nous a aimés, Jésus ? » Pas de grande théorie pour lui répondre. Juste des scènes, des gestes, des visages — ce que Jésus a fait, vraiment, avec les gens qu’il a rencontrés.

Il y a cette femme, à côté d’un puits, en plein soleil de midi. Elle est venue chercher de l’eau à cette heure-là parce que plus personne ne veut lui parler : tout le village connaît son histoire, ses maris, sa vie compliquée. Jésus, lui, s’assoit près d’elle et lui parle (Jean, 4). Il y a cette autre femme, qu’on pousse devant lui, terrorisée, avec des hommes qui tiennent des pierres dans les mains pour la lapider. Jésus dit juste : « Je ne te condamne pas » (Jean, 8). Il y a Zachée, détesté par tout le monde parce qu’il vole en collectant les impôts, caché en haut d’un arbre pour voir Jésus passer sans se faire remarquer. Jésus s’arrête, lève les yeux, va dîner chez lui, devant tout le village qui n’en croit pas ses yeux (Luc, 19). Il y a des enfants, qu’on écarte parce qu’un homme important n’a pas de temps à leur donner. Jésus les fait venir, les prend dans ses bras (Marc, 10). Il y a un lépreux, que personne n’ose toucher depuis des années, de peur d’être contaminé. Jésus tend la main et le touche (Luc, 5).

Et il y a tant d’autres visages qu’il a regardés de la même façon.

Un fil relie toutes ces rencontres, et Jésus lui-même le dit : « Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver » (Jean, 12). Il ne réduit jamais personne à sa faute. Il rejoint d’abord la personne — avant de lui ouvrir un chemin nouveau. Ce regard-là, il le garde jusqu’à la fin : sur la croix, à côté de lui, un homme condamné pour de vrais crimes lui demande juste de ne pas l’oublier. Jésus lui répond : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (Luc, 23).

Un amour à notre portée

« Aimez-vous comme je vous ai aimés », dit Jésus. Pas « comme vous pourrez ». Comme lui. Mais s’il nous le demande, c’est qu’il sait que c’est possible. Pas parfaitement, pas tout le temps, pas sans tomber parfois. Mais chaque fois qu’on choisit de ne pas juger, de tendre la main, de faire une place à quelqu’un qu’on aurait pu laisser de côté — c’est déjà ça, aimer comme lui.

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