Une primauté ancienne, disputée, parfois mise à l’épreuve — voilà ce que les siècles, du IVe au XIe, ont fait subir à la charge de l’évêque de Rome. Reste à voir ce qui demeure.
Un premier rang que l’histoire n’a pas effacé
La rupture n’a pas effacé un fait ancien : au premier millénaire, Rome occupait la première place dans l’ordre des grands sièges. Le dialogue catholique-orthodoxe de Ravenne l’a reconnu comme un élément de l’histoire commune.
Pour l’Église catholique, cette première place n’est pas restée un simple souvenir : elle se prolonge, aujourd’hui encore, dans la primauté universelle de l’évêque de Rome, fondée sur la succession de Pierre. L’Église orthodoxe n’exprime pas cette continuité dans les mêmes termes, et le dialogue entre les deux traditions se poursuit sur la manière de la vivre en pleine communion.
Ce premier rang, l’histoire ne l’a donc pas effacé. Il demeure comme fait de l’histoire commune. Sa pleine reconnaissance dans l’unité, elle, reste un chemin à parcourir.
Une voix au-delà des frontières confessionnelles
Depuis 1965, quatre papes ont pris la parole à cinq reprises devant l’Assemblée générale des Nations unies — la dernière fois en 2015. Le pape y est reçu au titre du statut international du Saint-Siège — l’évêque de Rome et les institutions qui l’assistent dans le gouvernement de l’Église catholique.
En 1986, Jean-Paul II donne à ce rayonnement un autre terrain : il invite à Assise des responsables des grandes traditions religieuses du monde — chrétiennes, mais aussi musulmane, juive, bouddhiste, hindoue et d’autres encore — pour une journée de prière pour la paix. Les responsables non catholiques présents ne reconnaissent pas en lui l’autorité doctrinale ou juridictionnelle qu’il exerce dans l’Église catholique. Pourtant, ils répondent à son invitation.
Cette voix n’est donc pas une autorité universellement admise. Mais elle est écoutée bien au-delà des frontières catholiques, dans des enceintes et par des interlocuteurs qui ne sont soumis à aucune autorité du pape.
Une présence unique dans le monde
Ce n’est pas le petit État du Vatican que 184 pays reconnaissent aujourd’hui comme interlocuteur diplomatique, mais le Saint-Siège. Les ambassadeurs sont accrédités auprès de lui, non auprès du territoire du Vatican.
Le droit international ne connaît pas d’équivalent direct : comme le souligne Joël-Benoît d’Onorio, la nature juridique du Saint-Siège est unique parmi les autorités religieuses. Il possède une personnalité internationale propre et dispose, depuis 1964, du statut d’observateur permanent auprès des Nations unies.
Ce statut ne prouve rien sur le plan théologique. Mais il donne une forme visible, dans l’ordre international, à ce que l’Église catholique affirme de la charge de l’évêque de Rome : une mission qui ne concerne pas seulement un diocèse ou un territoire, mais l’Église universelle.
Ce qui demeure
Deux mille ans d’histoire ont discuté, limité, défini et parfois contesté l’exercice de cette primauté. Mais ils ne l’ont pas effacée. La première place de Rome demeure inscrite dans l’histoire commune des Églises, et son évêque continue de porter une charge dont la portée dépasse largement les frontières du catholicisme.
Pour les catholiques, cette permanence n’est pas un accident de l’histoire. Elle renvoie à une mission plus ancienne que Rome elle-même : celle confiée à Pierre par le Christ.
Sources
Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe, Document de Ravenne (2007), §§ 44-45
Discours des papes devant l’Assemblée générale des Nations unies : Paul VI (4 octobre 1965), Jean-Paul II (2 octobre 1979 et 5 octobre 1995), Benoît XVI (18 avril 2008), François (25 septembre 2015)
Jean-Paul II, Journée mondiale de prière pour la paix, Assise, 27 octobre 1986 ; discours à la Curie romaine sur le sens du rassemblement d’Assise, 22 décembre 1986
Saint-Siège, relations diplomatiques (France Diplomatie) et statut d’observateur permanent aux Nations unies (1964)
Joël-Benoît d’Onorio, cité dans « La diplomatie du Saint-Siège », revue Pouvoirs, 2017/3, sur le caractère unique de la nature juridique du Saint-Siège
